Malnutrition et carences en micronutriments.
«La faim cachée, un problème majeur de santé publique»
Près d'un tiers de la population marocaine souffre de malnutrition
La malnutrition par carences en micronutriments, c'est-à-dire le manque de vitamines et de substances minérales, n'est pas seulement une urgence silencieuse, elle est aussi largement invisible, c'est la raison pour laquelle on la surnomme «la faim cachée». Pourtant, cette faim cachée est l'une des formes de malnutrition les plus répandues dans le monde.
Ce type de carence frappe aussi bien les riches que les pauvres, les groupes les plus vulnérables sont les fœtus, les enfants de moins de trois ans et les femmes, avant et pendant la grossesse et durant l'allaitement. Plus de deux milliards de personnes souffrent de différentes carences en micronutriments.
Celles en vitamine A, en fer et en iode peuvent aboutir à de graves problèmes de santé, notamment à la cécité, à l'arriération mentale, à une faible résistance aux maladies infectieuses et, dans certains cas, à la mort.
Réduire l'ampleur de ce problème mondial permettrait de prévenir jusqu'à quatre sur dix des décès d'enfants attribuables à cette cause, de diminuer du tiers le taux de mortalité puerpérale, d'augmenter jusqu'à 40 % la capacité de travail, d'améliorer le quotient intellectuel de la population de 10 à 15 points. L'Unicef estime que les carences en vitamines et en minéraux coûtent à certains pays l'équivalent de plus de 5% de leur produit national brut en vies perdues, en incapacités et en diminution de productivité.
Quelle est l'ampleur de ce problème au Maroc ?
Au niveau national, les carences en micronutriments représentent un problème majeur de santé publique. En effet, au Maroc, les enquêtes régionales et nationales réalisées par le ministère de la Santé ont révélé que la prévalence de l'anémie par carence en fer (en 2000) est de 37,2% chez les femmes enceintes, 31,5% chez les enfants âgés de 6 mois à 5 ans, 32,6% chez les femmes en âge de procréer et 18% chez les hommes .La prévalence de la carence en vitamine A (en 1996) est de 40,9% chez les enfants de 6 mois à 6 ans avec 3,2% de cas sévères et 10% des femmes en âge de procréer de la région nord-ouest du Maroc présentent aussi une carence en vitamine A, la prévalence de la carence en iode (en 1993) a montré que 22% des enfants âgés de 6 à 12 ans présentent un goitre, la prévalence de la carence en vitamine D (en 1991) a montré que 2.5% des enfants présentent un rachitisme radiologique. Ce qu'il faut savoir c'est que les carences en micronutriments entraînent des pertes économiques considérables. Au Maroc, la carence en fer à elle seule engendre un manque à gagner d'environ deux milliards de dirhams par année.
Il y a eu toute une campagne de presse portant sur la fortification de l'huile de table, pourquoi un tel choix ?
L'huile de table a été choisie comme véhicule de fortification parce qu'elle fait partie des produits alimentaires de base (la farine, l'huile et le sucre) qui fournissent à eux seuls 82% des besoins énergétiques quotidiens de la population marocaine.
La consommation moyenne de l'huile de table, à l'échelon national, est relativement élevée (33,8 g par personne par jour). Au Maroc, l'huile de table est fortifiée en vitamine A (sous forme de rétinyl palmitate) à raison de 30 UI/g d'huile et en vitamine D3 à raison de 3 UI/g. Ces taux de fortification couvrent le tiers des besoins journaliers (pour un adulte mâle). Pour le moment, la fortification de l'huile de table revêt un caractère volontaire, mais sera obligatoire dès la publication au Bulletin officiel du projet de décret et de son arrêté d'application. Actuellement, 5 huileries, qui couvrent 90 % du marché, produisent de l'huile de table fortifiée en vitamine A et D3. Les huiles de tournesol, de pur soja, et les huiles destinées à la friture ne font pas l'objet de fortification.
Qu'en est-il de la farine ?
Comme pour l'huile, les efforts déployés pour l'enrichissement de la farine ont vu le jour en 2001. La farine a été choisie comme véhicule de fortification vu sa large consommation par la population marocaine. La consommation de la farine industrielle a été estimée en l'an 2000 à 134 Kg/p/an à peu près. Le fer a été incorporé dans un mélange préparé comprenant les vitamines B1 (4,5 mg/kg), B2 (2,79 mg/kg), pp (36,18 mg/kg) et l'acide folique (1,53 mg/kg). A partir du dossier technique de la fortification de la farine en fer et vitamines B, le ministère de la Santé, de l'Agriculture et la Fédération nationale des minotiers ont développé la réglementation régissant la commercialisation de la farine fortifiée. Actuellement, il existe environ 110 minoteries industrielles fonctionnelles sur un total de 134. En date de janvier 2008, 78 minoteries industrielles ont été validées capables techniquement de produire de la farine fortifiée dont 65 produisent effectivement de la farine fortifiée. La production cumulée des farines fortifiées par ces minoteries industrielles, depuis le début de l'année 2007 a atteint 6.9 millions de quintaux, soit un taux de 25% du volume global cumulé des farines industrielles produites, estimé à 27.8 millions de quintaux. En 2006, le taux était de 8% et au cours du 3e trimestre 2007, il était de 18%. Quoique encore bas pour répondre aux besoins escomptés, il est, néanmoins, en nette progression, passant de 8% en 2006 à 25% en 2007.
L'UNICEF avait lancé un programme d'iodation du sel alimentaire, il y a une décennie de cela. Quelles conclusions peut-on tirer ?
Au Maroc, la consommation totale de sel alimentaire est d'environ 180.000 tonnes.
Ces besoins sont largement assurés par la production nationale qui est estimée à 687 314 tonnes (y compris le sel à usage industriel).
La consommation de sel au Maroc est estimée entre 7 à 12 g/j. Le sel alimentaire est produit par une vingtaine d'entreprises (artisanales ou semi-industrielles) privées qui ont bénéficié d'un support du gouvernement et de l'UNICEF.
L'ensemble de ces unités permet de couvrir 80 à 90% de la population marocaine en sel alimentaire iodé.
En pratique, seules les unités dont la production annuelle de sel dépasse 1.000 tonnes, iodent le sel destiné à l'alimentation. Les résultats ne sont pas encore probants.
Aujourd'hui, d'après l'enquête de 2006 de l'UNICEF, seuls 42.7% des ménages consomment le sel iodé. L'objectif de la relance du programme d'accélération de la stratégie de l'iodation universelle du sel au Maroc est la généralisation de la consommation du sel iodé dans les plus brefs délais.
Pour assurer la pérennité et le succès de l'iodation du sel alimentaire, un texte réglementaire rendant obligatoire l'iodation du sel au Maroc a été adopté par une commission interministérielle le 12 décembre 1995.
La carence en iode coûte au Maroc 1.48% du PIB en termes de perte de productivité, de prise en charge de crétins, de déperditions scolaires et de mortalité infantile.
La réussite du programme de l'iodation du sel a besoin comme pour la fortification de l'huile et de la farine de producteurs leaders et modernes.
Rappelons qu'au Maroc, la malnutrition figure parmi les principales causes de la mortalité infantile. Selon le rapport 2005 de l'OMS (l'Organisation mondiale de la santé), le taux des décès parmi les enfants marocains âgés de moins de 5 ans était en 2004 de 40‰. Actuellement, il se situe, selon la même organisation, entre 3,2 et 4,5 . La dénutrition est due essentiellement à une adéquation persistante entre les besoins métaboliques de l'organisme et les apports nutritionnels nécessaires pour une bonne croissance.
Hassan AGUENAOU
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